Ecône 2026 : la messe est (re)dite
7/3/20263 min lire


Il y avait tout, ce 1er juillet à Écône. Le chapiteau blanc, réplique soignée de celui de 1988. Les quinze mille fidèles acheminés par autocars. La retransmission en six langues, le compte à rebours sur le site officiel, les goodies. Oui, les goodies. Un service d'ordre digne d'un festival, chargé d'empêcher les journalistes accrédités d'approcher qui que ce soit. Et, au centre de cette communication millimétrée, quatre de nos bons curés : Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier. Quatre curés, consacrés évêques sans mandat pontifical, deux jours après une ultime lettre du pape Léon XIV suppliant de ne pas « déchirer la tunique du Christ ».
La tunique a été déchirée en direct, avec buvette à la sortie.
Le disque de 1988, remastérisé
Il faut reconnaître à la Fraternité une constance admirable. « Circonstances exceptionnelles », « état de nécessité », « très grave devoir » : trente-huit ans après Mgr Lefebvre, pas une virgule n'a bougé. On a connu des organisations qui évoluent, se réforment, apprennent de leurs crises. La FSSPX, elle, continue de jouer sa partition : mêmes textes, même décor, mêmes gestes, nouveaux interprètes. Le public en redemande.
Il y a eu cette phrase, prononcée solennellement devant la foule : « Nous estimons que toute peine et censure qui seraient portées contre cette démarche n'auront aucune valeur. »
Relisons-la calmement, elle mérite mieux qu'un haussement d'épaules. Une organisation religieuse annonce, publiquement et par avance, que les sanctions de sa propre autorité suprême sont nulles et non avenues. On appelle cela, selon l'humeur, la fidélité à la Tradition ou un principe de gouvernement. Nous y voyons surtout un mode d'emploi.
Un mode d'emploi que les victimes connaissent par cœur
Cette phrase, les victimes d'abus au sein de la Fraternité l'ont entendue toute leur vie, de manière implicite. Aucune autorité extérieure n'a de valeur. Appliqué à Ecône ou Menzingen, il produit des sacres sous chapiteau. Appliqué aux abus physiques, psychologiques et sexuels, il produit ce que le Livre Noir de l'AVREF et nos propres témoignages documentent depuis des années : des prêtres mis en cause discrètement déplacés, des familles priées de se taire pour le bien de la Tradition, des victimes sommées d'offrir leur souffrance, et une institution qui instruit, juge et classe ses propres dossiers, avec le taux de condamnation qu'on imagine.
On nous objectera que rien ne prouve que les quatre nouveaux évêques perpétueront ce système. C'est vrai. On notera simplement qu'ils ont été formés dans ce sérail, choisis par lui, et consacrés précisément pour « assurer la continuité ». C'est le mot de la Fraternité elle-même, pas le nôtre. Quand une organisation vous annonce fièrement qu'elle a sécurisé son fonctionnement pour une génération, la moindre des politesses est de la croire.
Alors, une évolution dans le bon sens ? Il faudrait un levier extérieur capable de l'imposer. C'est très exactement ce que la Fraternité vient d'abolir en mondovision, sous les applaudissements.
Pendant ce temps, les autorités regardent passer les autocars
Rome a fait ce qu'elle « pouvait » : des lettres et des supplications, l'expression d'une profonde tristesse. La tristesse est certainement sincère. Elle n'a jamais protégé un enfant.
Restent les autorités civiles et politiques. La FSSPX est implantée dans 77 pays. Elle revendique des écoles, des internats, des séminaires, des milliers d'enfants et de jeunes sous son toit. En face ? Des contrôles épars d'établissements hors contrat, des signalements qui s'empilent, une vigilance anti-dérives sectaires qui semble réserver son énergie à des menaces plus photogéniques. Une organisation proclame urbi et orbi qu'elle ne reconnaît aucune autorité, et la réponse institutionnelle tient en un mot. Rien. Il faut croire que le message n'était pas assez clair. Quinze mille personnes, six langues, un compte à rebours, que faudrait-il de plus ?
Nous le disons sans ironie, cette fois, parce que le sujet ne s'y prête plus : après le 1er juillet 2026, l'excuse de l'ignorance a expiré. La Fraternité a elle-même annoncé, avec une publicité remarquable, qu'elle ne se soumettrait à aucun contrôle. Aux États, aux autorités éducatives, judiciaires et de lutte contre les dérives sectaires d'en tirer enfin les conséquences, ou d'assumer, la prochaine fois qu'un scandale éclatera, d'avoir été prévenus par les intéressés eux-mêmes.
Vous n'êtes pas seuls
Aux victimes et aux témoins, un mot sans le moindre second degré : vous n'êtes pas seuls. Ce qui vous est arrivé n'est pas de votre faute, et le silence n'est pas une fatalité, quoi qu'on vous ait dit, et qu'il y ait deux ou six évêques chargés de le garantir. Le Collectif est là pour vous écouter, vous accompagner et porter votre voix.
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